Douleur. Ça lui tire le ventre vers l'avenir. Ça pourrait le tirer vers n'importe où mais, lui, il sent que c'est l'avenir qui le tiraille. Le réveil à été peu agréable, comme toujours, la journée s'annonce dégueulasse, comme toujours. Voilà la nausée qui pointe son nez. Ça faisait longtemps que la faim ne l'avait plus fait vomir; au moins deux jours. Une éternité. Pas le temps d'attendre qu'elle passe; il se dit que quitte à avancer sans cesse, autant foncer. Premier bus du matin, et l'aube est encore loin. De toute façon il ne verra pas l'aube, il ne la voit jamais. Chaud. Il retire son blouson, son écharpe, ses gants. C'est infernale cette chaleur, il se dit que c'est indécent d'infliger une telle température à des voyageurs. Ça le travaille en plus du reste. Il est maintenant en T-shirt, le pull et la chemise, l'ensemble de sa garde robe en somme, il les a retiré en même temps. S'il était seul, il enlèverait tout ce qui lui reste. Mais il ne l'est pas, et c'est bien la première fois qu'il le regrette. Et il y a aussi sa tête qui tourne, c'est à ne pas douter qu'il l'a attrapée cette crève. A moins qu'il ne soit juste affamé, abîmé, épuisé à force de courir devant le vide. Ou au bord. Ou au milieu. Sueurs froides. Ce n'est plus une nausée mais un véritable malaise qu'il tente de dissimuler. Il tremble affreusement maintenant, et cette envie de vomir... Il voudrait se lever, demander au chauffeur de s'arrêter quelques secondes, de baisser ce satané chauffage. Mais comment l'atteindre alors qu'il ne contrôle plus ses membres. Il ne veut plus bouger, il veut faire comme il l'a toujours fait, s'évader. Il prit pour ne pas s'évanouir dans son sommeil, et il ferme les yeux. Il s'invente une autre vie, une autre place, où il pourrait se lever pour voir le soleil se lever, et prendre le temps de l'observer se coucher. Où il pourrait tendre la main à des gens, leur raconter des histoires ou leur dire bonjour tout simplement. Son corps tremble toujours mais lui est déjà ailleurs. Finalement il l'a vu, l'aube, mais d'un peu plus haut, voilà tout.
virage-a-droite.V2
Parce qu'on ne peut définitivement pas rester sur une ligne droite
Mardi 26 février 2008 à 18:27
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