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Parce qu'on ne peut définitivement pas rester sur une ligne droite

Dimanche 14 mars 2010 à 12:18

Je n'ai pas l'habitude de faire ce genre d'article.
Je n'ai pas l'habitude de regarder ce genre de film.

Parce qu'on en bouffe à toutes les sauces, et que ca a tendance à me gaver généreusement, cette histoire de devoir de mémoire, mémoire de quoi ? Devoir me remémorer les atrocités faites alors que mes parents n'étaient pas encore nés, devoir de me remémorer la nature humaine? Comme si je ne la voyais pas assez à longueur de journées, jonchant les rues...

Qu'on se comprennent bien, à aucun moment, je ne remet en cause les faits, ni leur gravité. Simplement, il y a autours de la Shoah une hypocrisie affolante, comme autours de tout un tas de trucs, homophobie, racisme, écologie, je vous en passe et des meilleurs.
Comment s'accommoder franchement de trucs gerbant, se faire du pognon dessus et avoir l'air dans le coup.
MAIS.
Oui, parce que, si c'était uniquement pour gueuler contre le capitalisme ambiant, j'aurais écrit une lettre d'amour à Besancenot, c'aurait été tout aussi utile.
MAIS, donc, suite à un malheureux concours de circonstances (oui j'aime les expressions faciles aussi), je me suis retrouvée le cul bien au chaud, avec mon portable dans la poche, un verre de rosé dans le pif et un connard à pop-corn derrière, dans une salle de cinéma, à voir La Rafle.
Le casting aurait plutôt tendance à me faire rire, jaune cela va sans dire, entre le comique de service, le gros bras qui boit du lait et la semi actrice porno à qui ont veut donner des oscars...
Passons. Le film commence (après moult bandes annonces et autres réclames pour des produits improbables) par des images d'archives. Ce bon vieux Hitler, ses trois poils de cul sous le pif et son casque gominé. J'ai bien failli m'énerver. A priori, ca coulait bon sentiments et allait dégueuler de déjà vu.

Bien mal m'en a pris d'y aller confiante... Le quart de film était à peine entamé que j'en chialais. Et on ne chiale pas au moment où l'on croit. On ne chiale pas quand les acteurs chialent, on ne chiale pas quand tout est dégueulasse. On chiale quand y'a rien d'autre à faire.
Ca me gênerait presque de le dire, mais ce film est fichtrement bien foutu. C'est pourtant une histoire qu'on connait. Notre histoire, en quelque sorte. On sait déjà le début, le milieu, la fin. On sait que c'est vrai. On sait tout. Et on découvre pourtant.
Et c'est triste, parce que le film est soft. Même les atrocités sont à peine aussi dure que la vérité.
Le vélodrome d'hivers, aussi dégueulasse soit-il dans le film, doit être au dixième de ce qu'il fut réellement. Les visages creusés de même.
La violence dans la suggestion. Uniquement.

Le jeu des acteurs n'est pas EXTRAORDINAIRE, les personnages ne sont pas PARFAITS, il n'y pas de surjeux, pas de musique tragique au moment tragique avec des acteurs tragiques qui prennent un air tragiques. Non.
Et tu chiales. Une fois, deux fois. 6 fois. D'un bout à l'autre. "Ce n'est pas des morts dont il faut avoir avoir peur, mais des vivants".

Fidèle à moi même, je suis également tombée amoureuse. Inutile de parier, oui, c'est elle. Couru d'avance.

Jamais je n'avais vu autant de gens sortir d'un cinéma comme d'un enterrement.
Jamais je n'aurais imaginé.
Jamais je n'aurais voulu le faire.

http://jmph.blog.lemonde.fr/files/2007/10/six-jours-au-veldhiv.1193385959.jpg

La Rafle
Elle
La circulaire (oui, merci Loïc)

http://www.virage-a-droite.fr/images/imagedesarticles/signatureV2.gif

Par MeL le Jeudi 18 mars 2010 à 19:06
Ton article m'a convaincue d'aller voir ce film et je ne le regrette pas, merci.
Par Clémence Ma. le Vendredi 9 avril 2010 à 11:34
La Rafle. Avoir peur des morts et non des vivants. Je l'ai vu, aussi. E j'ai été tout autant sous le choc que ce fil sort du lot. On s'attarde sur plusieurs familles, sur plusieurs regards et on s'y attache. Les enfants, sutout, leur innocence et les mensonges qu'on leur sert. Et Jean Reno, cet échange de regard avec Mélanie Laurent, absolument magnifique. Et oui, tu pleures. Tu ne veux pas pleurer parce que les autres films t'ont déjà touchée mais celui là, il est plus humain que les autres, avec son imperfection rempie de sensibilité.
 

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