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Parce qu'on ne peut définitivement pas rester sur une ligne droite

Lundi 12 mai 2008 à 2:14

Poings serrés. Comme au premier jour, il avançait, les mains dans les poches, et les poings serrés. Comme au premier jour, la médaille de sainte Marie coulait dans son cou, bonne conscience qui lui soufflait à l'oreille de faire demi tour. Comme au premier jour, il a hésité...
Il voulu lever la tête vers le ciel, pour y puiser l'énergie dont il avait besoin, le courage, mais il renonça. A cause de la douleur. Les drogues n'y faisaient plus rien, les crèmes encore moins. Seul l'alcool semblait encore agir un peu sur ce corps. Ce soir là, il voulait être sobre. Et le mal qui électrisait sa nuque devenait soudain pour lui une amie, une main sur l'épaule pour le soutenir, une raison de La retrouver. Au pied de l'immeuble encore, il n'était pas tout à fait certain de ce qu'il allait faire, ou dire. En grimpant les marches, il avait supposé que tout deviendrait limpide devant Elle.  Lorsqu'il eu frappé à la porte, il eu un mouvement de recul et un haut le cÅ“ur. Quand Elle eu ouvert la porte, il prit le temps, pendant quelques secondes, de voler la surprise dans ses yeux. Puis il sortit les poings de ses poches.
Comme au premier jour, Elle avait les yeux bleu. Profond comme l'océan, on eu désirer s'y noyer. Comme au premier jour, ses cheveux étaient tout emmêlés, plaqués contre son visage. Mais ce soir là, le vent n'y était pour rien.

Dimanche 16 mars 2008 à 2:15

Un suicide qui a mal tourné. Une balle perdue. Et cet horrible déchirure à l'intérieur, croire que la balle est passée par là. Implorer la vie. Et voir que l'on a rien, que c'est elle. Qu'on l'a tuée pour rien. Que je l'ai tuée pour rien. Décors: un supermarché, et pourtant elle est allongée comme d'habitude sur son canapé. Incompréhensible. L'homme à coté d'elle semble mort lui aussi. Pourtant il n'a aucune trace de sang. Mort de peur peut être, mort de honte pour moi. Elle est allongée comme d'habitude, mais son visage tombe. Elle porte des lunettes, c'est absurde. Je sais que je rêve. Mais je l'implore d'appeler les urgence parce que je me sens mourir de l'intérieur. J'ai mal dans tout mon corps mais je ne sais où je suis blessée. Au coeur. Le caissier appel. Je sais que ce ne sont pas les urgences. Je l'implore: je lui dis que je vais mourir. Il sait lui, que je me suis ratée. Moi j'ai toujours pas compris. J'attends la police en croyant mourir, et son visage fermé, un filet de sang sur la joue, je l'ai tuée. Quelle idée de planter un canapé au milieu d'un supermarché. Je ne comprend rien. Le caissier me prend dans ses bras, il me dit que ça va s'arranger, qu'il faut que je me calme. Mais je sais bien qu'il fait ça pour faciliter mon arrestation. Il ne comprend pas ma douleur. Je ne voulais pas ça. C'est pas possible. Qui veut me punir d'avoir voulu mourir? Qui peut me punir plus que de la voir morte ? Je rêve je le sais. Mais mes rêves à moi... J'aimerais lui trouvé un sens. Etre sûre que celui là ne me donnera pas raison. Savoir pourquoi. Comme ces images de tortures, comme cette bouche régulièrement abimée. Je voudrais que cela s'arrête. Je voudrais que l'on me dise, que c'est un message d'espoir, que c'est à prendre à revers, quelque chose de rassurant. Y'a le caissier qui panique de me voir m'enfuir. Je suis paralysée par son image, je me noie dans mes larmes et dans son sang. Serait il si difficile de comprendre que je ne peux pas fuir sa mort ? Impossible de revenir en arrière. Ca arrivera tôt ou tard. Et si ce n'est moi c'est la vie. Je suis paralysée de mort chaque matins. Chaque midi. Chaque soir. Chaque nuit. Je lis. Je t'entends dormir en bas et je pleure. C'est un réveil dur ce matin. Je pleure toujours. En écrivant ses mots. Réveillée, sans caissier, mais paralysée. Noyée. Sans au revoir. Sans prévenir. La vie sans toi.

Je te l'interdis. Que mes rêves ne se réalisent jamais. Jamais.

Mardi 26 février 2008 à 18:27

Douleur. Ça lui tire le ventre vers l'avenir. Ça pourrait le tirer vers n'importe où mais, lui, il sent que c'est l'avenir qui le tiraille. Le réveil à été peu agréable, comme toujours, la journée s'annonce dégueulasse, comme toujours. Voilà la nausée qui pointe son nez. Ça faisait longtemps que la faim ne l'avait plus fait vomir; au moins deux jours. Une éternité. Pas le temps d'attendre qu'elle passe; il se dit que quitte à avancer sans cesse, autant foncer. Premier bus du matin, et l'aube est encore loin. De toute façon il ne verra pas l'aube, il ne la voit jamais. Chaud. Il retire son blouson, son écharpe, ses gants. C'est infernale cette chaleur, il se dit que c'est indécent d'infliger une telle température à des voyageurs. Ça le travaille en plus du reste. Il est maintenant en T-shirt, le pull et la chemise, l'ensemble de sa garde robe en somme, il les a retiré en même temps. S'il était seul, il enlèverait tout ce qui lui reste. Mais il ne l'est pas, et c'est bien la première fois qu'il le regrette. Et il y a aussi sa tête qui tourne, c'est à ne pas douter qu'il l'a attrapée cette crève. A moins qu'il ne soit juste affamé, abîmé, épuisé à force de courir devant le vide. Ou au bord. Ou au milieu. Sueurs froides. Ce n'est plus une nausée mais un véritable malaise qu'il tente de dissimuler. Il tremble affreusement maintenant, et cette envie de vomir... Il voudrait se lever, demander au chauffeur de s'arrêter quelques secondes, de baisser ce satané chauffage. Mais comment l'atteindre alors qu'il ne contrôle plus ses membres. Il ne veut plus bouger, il veut faire comme il l'a toujours fait, s'évader. Il prit pour ne pas s'évanouir dans son sommeil, et il ferme les yeux. Il s'invente une autre vie, une autre place, où il pourrait se lever pour voir le soleil se lever, et prendre le temps de l'observer se coucher. Où il pourrait tendre la main à des gens, leur raconter des histoires ou leur dire bonjour tout simplement. Son corps tremble toujours mais lui est déjà ailleurs. Finalement il l'a vu, l'aube, mais d'un  peu plus haut, voilà tout.

Lundi 11 février 2008 à 11:43

On envoya donc le mari au front. Face à l'adversaire, ce dernier prit un air décontracté, la main dans  la poche avant de son jean. Comme Elle d'ailleurs. Elle qui avait également prit soin de se mettre aux trois quart de profil afin de dissimuler discrètement ses marques ethniques. Après quelques échanges cordiaux à propos d'une installation électrique inconnue et d'un câble introuvable, l'Homme tendit le Graal à l'ennemie et battit poliment en retraite. En s'éloignant, la vainqueure humait le Persil du butin...

Lundi 24 décembre 2007 à 13:41

Au début, je voulais faire un article bien hargneux, dire que Noël m'emmerde, que c'est chiant et commercial. Expliquer que je n'aime pas les fruits de mer et le grand marathon du 24 décembre. Me plaindre de la fin du calendrier et crier que les guirlandes bleue sont moches, les sapins à gerber et qu'il y a toujours trop d'aiguille par terre. Et puis je me suis dit que c'était  trop commun...
Alors j'ai essayé de dire des choses jolies, que la famille c'est sacrée, que, quand même, les cadeaux on aime ça. Raconter la salive qui me vient à la bouche à l'idée de ce tas luisant de graisse qui m'attends. Je voulais parler de la Magie de Noël, les lumières dans les yeux, l'espoir de la neige et la légende des grelots. Mais je n'y suis pas arrivée...
Finalement, le mieux, je crois, c'est de ne pas vous en parler.
 

Samedi 24 novembre 2007 à 0:50

- Tiens, tu as vue Noémie récemment?
- Depuis son décès tu veux dire ?

Absurde monologue de l'homme distrait qui croit encore que sa vie lui appartient. En équilibre plutôt précaire, il avance gentiment sur le fil qui lui semble une poutre, si sûr de lui. Pourtant si lourde, si dure, s'il venait à trébucher. Jamais il n'y pense, jamais il ne le craint. "S'il pense qu'il va tomber, il a plus de chance de finir 20 mètres plus bas".

Il est pourtant évident qu'il viendra un jour à se viander, passage obligé. Qu'on s'y trompe pas, son air assuré est une illusion: à bien y regarder, tout son corps tangue dangereusement. Tout tangue toujours en fait. Une vie de mal de mer. N'est pas marin qui veut. N'est pas sauf qui peut.

- Merde, j'avais oublié...

Vendredi 14 septembre 2007 à 18:14

Je me lève, c'en est trop.
"Hey! On est pas encore arrivés hein"
Elle me sourit à s'en décrocher la mâchoire. Je la soupçonne d'avoir plus de 32 dents. Rectification, elle se fout de ma gueule. Voilà bientôt  20 minutes que ca s'agite dans tout les sens, que ca hurle comme une deumeurée avec ses 4 copines tout aussi givrées, ca écoute de la musique nulle, trop forte, avec autant de qualité qu'un téléphone portable peut en donner, ca bouffe trois tonnes de produits chimiques aromatisés aux sucres en brayant des 'salopes', 'pétasse', en riant de son absurdité, ca fait  20minutes que ca m'emmerde, et là, ca se fout de ma gueule... Surtout, prendre un air détaché, ne pas m'énerver.
"Oh, je le sais bien, c'est d'ailleurs mon plus grand chagrin en ce moment même, simplement j'ai l'impression de m'être trompé de véhicule. De ma montée du train à Vierzon, plongée dans mon livre, je ne me suis pas aperçue de ma méprise, je croyais avoir pris un train voyageur mais maintenant que je suis logée à quelques mètres d'une demi-douzaines de génisses beuglantes, un doute me ronge."
"Qu'est qu'elle dit l'autre? Et va t'faire pétasse mal baisée!"
Je lâche doucement ma valise. Je m'approche d'elle, toujours plus. Mon front se trouve maintenant à quelques millimètres du siens, je sens son haleine Tagada fraise, ca me fout la gerbe mais j'me marre à l'idée qu'elle se tape mon mélange café-froid Malboro light. Elle a un mouvement de recul, vite arrêté par le dossier du siège.
"Apprennez, mademoiselle, qu'on ne me baise pas, moi, on me prend dans ses bras en me murmurant je t'aime, on me carresse avec le dos de la main, toujours dans le sens du poil, on me pénètre en tremblant et on éjacule en moi avec une larme à l'oeil, suite à quoi on s'endors dans mes bras avec un avenir heureux à m'offrir. Comprenez mademoiselle, que la jouissance possède des visages bien plus subtile que les cris de truie asthmatique que vous poussez avec vos camarades depuis assez longtemps pour faire bander mon voisin de gauche, si, si regardez, celui qui porte un chapeau, la soixantaine bien tassée."
Je m'écarte pour lui laisser le plaisir de tenter de constater mon invention et savoure quelques instants mon effet. Elle est aussi cramoisie que sa mini-jupe et manque encore de quelques secondes avant de pouvoir devenir vulgaire. C'est donc le moment que je choisis pour me réarmer de ma valise et quitter ce triste wagon pour réfugier mon petit cul de célibataire endurcie, plus par obligation que par envie, loin de cette poussée d'homorne ravageuse. Il me reste 3minutes37 de voyage. C'est trop peu pour me réinventer toute une histoire, mais assez pour quelques larmes.

Samedi 4 août 2007 à 22:06

Il est de ces nuits où je me réveille, aux heures les moins probables. Réveillée par la lune. La pleine lune qui brille à travers la fenêtre, seule. Même les étoiles s'effacent devant cette beauté inacceptable. Et pourtant je ne la regarde qu'à peine. On ne comprend la beauté des choses qu'une fois que l'on est passé à côté, c'est bien connu. Je la maudis, cette lune. Me réveiller ainsi, en pleine nuit, c'est tout simplement immonde. Je dors, je rêve, et me voilà soudainement tirée d'un monde plaisant pour me retrouver plongée sur Terre, cette fichue Terre pleine d'angoisse et de douleur. Et la lune qui se marre. Tout bonnement immonde. Je ne sais pas profiter des jolies choses. Une de mes principales peurs est de voir disparaitre les jolies choses. Alors je m'y accroche pas, pour ne pas souffrir de leur perte. Est-ce que d'autres personnes sont comme moi ? Je n'en doute pas une seconde. Pourquoi serais-je seule ? 6 milliards d'hommes, m'as t-on toujours enseigné, peuple ce petit monde trop étroit. Alors pour quelles raisons absurde pourrais-je avoir la prétention d'être unique ? Aucune, parfaitement. Je suis comme tout le monde, qu'est ce que vous croyez ?

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